Le fil à plomb

La vérité d'une vie n'est pas ce qui s'est exactement passé, que nul ne saura jamais tout entier. C'est ce qu'on parvient à en faire tenir debout.

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Le fil à plomb

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Une enquête à rebours · onze scènes, du cercueil à la source


En guise de seuil

Le manifeste de cette rubrique promet des histoires où l’on ne sait jamais tout à fait ce qui fut vrai et ce qui fut rêvé. Le texte que voici semble faire mentir cette promesse, car il ne déguise rien. C’est un témoignage. Les scènes que vous allez lire ont eu lieu, ou m’ont été racontées par celle qui les a vécues, ma mère, cent fois, depuis l’enfance. Je n’invente pas. Je tiens ce que j’écris, et je le tiens d’elle.

Et pourtant, qu’est-ce qu’un récit vrai, au fond ? La mémoire compose en croyant se souvenir. Un témoignage transmis se transforme un peu à chaque bouche qu’il traverse. Et celle qui écrit, même fidèle, même scrupuleuse, choisit un mot plutôt qu’un autre, éclaire une scène et en laisse une dans l’ombre, pose sur ce qui fut arrivé une main qui déjà le façonne. De sorte que ce texte tout vrai est peut-être, lui aussi, une fiction, la seule que je ne me sois pas autorisée à savoir telle. L’exception qui confirme la règle, et qui, en la confirmant, la trouble.

Disons alors les choses ainsi. Ce qui suit est vrai, aussi vrai que je peux l’être. Mais la vérité d’une vie n’est pas ce qui s’est exactement passé, que nul ne saura jamais tout entier. C’est ce qu’on parvient à en faire tenir debout. Voici ce que j’ai fait tenir debout de la vie de ma mère.

Nous partirons d’un cercueil, et nous remonterons, scène après scène, jusqu’à la source. À rebours, comme on remonte un fil, ou une rivière qui n’a jamais su couler tranquillement.

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